Une journée studieuse : Portrait à l'acrylique

Bonjour à toutes et à tous, répondant aux demandes de certains concernant le fait de savoir "comment je dessinais", ce dossier est destiné à un petit reportage. Vous verrez se dérouler ma journée d'hier, plutôt studieuse pour le coup (mais je suis en vacances, non ?).

Je vous passe les détails, réveil à 6h30 environ, p'tit déj', vérification des mails, etc. Puis arrive 8h45~9h environ, je décide de m'atteler au portrait d'une copine, Sabrina. J'ai déjà effectué quelques petits croquis pour étudier son visage d'après photos, j'en fais d'autres dans la foulée pour me remémorer le tout et surtout pour trouver une composition sympa. Je fais des trucs plus ou moins horribles mais j'ai déjà quelques idées que j'imagine garder (un fond avec des arabesques, une ambiance à consonance plutôt moyen-orientale entre autres).


Au bout d'une petite demi-heure passée à faire des trucs tous plus immondes les uns que les autres, je potasse quelques bouquins d'illustrations pour finalement tomber sur une affiche de Drew Struzan que je trouve bien foutue (comme pas mal de ses affiches : voir ici). Je fais un essai de couleurs à l'aquarelle et je me lance pour une sorte d'hommage à l'artiste, ce qui me permet d'apprendre un peu plus dans la foulée. Tous les croquis préparatoires sont présents dans cet article : Au Pays des Mille et Une Nuits.


On prend donc un carton enduit de gesso des deux côtés (pour éviter que celui-ci se mette à gondoler fatalement lorsqu'on passe la peinture). Généralement, il faut prévoir à l'avance parce que même si le gesso sèche vite, il lui faut tout de même bien 4 heures pour être définitivement sec. Sinon il risque de blanchir votre peinture. J'ai choisi ici d'utiliser la peinture acrylique. C'est le matériau des impatients, ça sèche vite et en plus, on le recouvre assez facilement (méfiance aux transparences tout de même !). Le format du carton est 30x40 cm.



Il est 10h30, j'ai attaqué la phase de crayonné. J'ai commencé avec un bête crayon de couleur Conté bleu clair parce que c'est une couleur qui saura rester discrète puis je repasse les éléments essentiels au crayon de papier. Il est important d'avoir des outils toujours bien taillés, sinon la précision en prend pour son grade. (Pour le crayon de couleur, ici peu importe la marque, mais pour un vrai travail des couleurs, surtout, évitez les Conté du supermarché d'à côté !).

Alors avant d'entamer la couleur, j'ai un petit creux, il est déjà 12h30. Je laisse tout avant de revenir au poste une demi-heure plus tard. Là, c'est le coup de speed, je range mon bureau pour qu'il soit plus praticable. Présentation de mon bazar organisé...



De façon générale, ça ressemble plus ou moins à ça. Ma fenêtre est orientée vers le Nord, c'est plutôt intéressant quand on sait que la lumière du Nord est une lumière qui n'altère pas tellement la vision. Elle est plutôt neutre alors on a une perception plus vraie des couleurs.



Alors il y a les précédents croquis à gauche, des boîtes de crayons de couleurs qui en cachent une autre, une boîte à aquarelles, un sac plein d'une multitudes de feutres, une trousse pour l'encre de chine, une autre pour les pinceaux qui a légèrement morflé mais c'est les risques du métier. Je travaille sur une planche de contreplaqué, ça me permet de tendre mes dessins dessus si besoin, au lieu de le faire à la sauvage sur mon bureau. Cette planche a tendance à se transformer en palette parfois.


Puis pot d'eau, mouchoirs, bombes de laque, trousse à crayons de papier, une autre avec encore des crayons de couleurs, des pots plein de pinceaux, une palette pour l'acrylique. D'autres trousses cachées par un numéro de "On a marché sur la Bulle" avec les interviews de pointures comme Claire Wendling et les auteurs de Sky-Doll (Barbucci et Canepa), j'espère que leurs talents aura un peu filtré dans mon atelier pendant la journée.

J'aime assez m'entourer d'images en tout genres pour m'inspirer, essentiellement d'affiches de films ou de groupes de musique (par exemple, j'ai toutes les affiches promotionnelles parues dans les journaux de "
My Blueberry Nights" de Wong-Kar Wai, un très beau film avec une ambiance magnifique et en l'occurence, des affiches assez exceptionnelles que j'aime avoir sous les yeux). Il faut se créer son univers personnel, ça motive.


Mon set de grands pinceaux, attention ça peut coûter très cher à la longue.


En dehors d'un bouquin de Drew Struzan, il y a aussi mon petit animal de compagnie : l'ordinateur. Il m'est utile pour plein de choses et je crois qu'avec l'évolution des technologies, il devient indispensable d'en avoir un. Pour communiquer avec des amis par le net, trouver un bon nombre d'inspirations, commander des livres d'illustrations et de photos, etc. Bon, et puis récemment, il y a eu "Vampire : Bloodlines" et "BioShock" aussi (mine de rien, ça permet de s'évader et ça m'inspire pas mal)...

Très important pour moi aussi, son ensemble d'enceintes 5.1 que j'utilise abondamment. Je crois que je ne pourrais jamais me passer de musique dans la vie, c'est une drogue. Ce jour là, la playlist est d'un goût douteux puisqu'elle comprend les deux albums de
Gwen Stefani. Mais ça a vite viré sur The Postal Service, groupe de musique électro-pop avec le chanteur de Death Cab For Cutie (ouais, il faut connaître). D'ici la fin de la journée, je connaîtrai l'album par coeur. Disons qu'aujourd'hui l'ambiance sonore sera plutôt aux sons électroniques et aux mélodies pop.



C'est pas tout, il faut quand même préparer la palette avec quelques couleurs. Je ne sais pas encore bien doser ni sélectionner comme il faut les couleurs qui me seront vraiment utiles. Un jour j'apprendrai, promis.


On commence en lançant quelques jus (de l'acrylique avec beaucoup d'eau, des lavis quoi) partout où il doit y avoir de la couleur, même les surfaces soi-disant blanches. Pour le coup, on ne laisse aucun blanc du carton, ce n'est pas prouvé que ça se fonde bien avec le reste.

Vous noterez aussi que je n'ai pas pris la peine de dessiner les dents. Effectivement, c'est quelque chose de très risqué que de les faire. Ca rend souvent un visage niais. Quand c'est sur une photo, on ne se pose pas de questions, on trouve ça naturel. Mais sur un dessin, ça a vite fait de le plomber. A moins d'avoir un rendu photographique à la peinture (auquel cas il n'est plus très utile de dessiner) et bien on choisit plutôt de les évoquer, par quelques touches de couleurs à la limite.



Puis on commence vraiment à poser certaines couleurs. Je commence par le fond, en mordant sur les contours de Sabrina, ce n'est pas grave puisqu'on peut revouvrir par la suite. Je peux ainsi faire le fond tranquillement et passer à Sabrina plus tard de façon plus précise en remordant par-dessus le fond. J'ai déjà donné quelques effets dans le fond (projections de couleurs avec une brosse).


Une fois le fond fini, je peux entamer le portrait proprement dit. J'en profite pour nettoyer mes pinceaux et changer l'eau. C'est plutôt important parce que l'acrylique sèche vite et peut bousiller un pinceau avant même de s'en être rendu compte. Une fois sur les poils, si elle est sèche, je vous souhaite bien du courage pour la faire partir complètement. A ce moment là, il doit être 15h30 environ, voir 16h.


Maintenant on attaque vraiment les couleurs. Comme les cheveux passent par-dessus, je fais d'abord le visage.



L'opération peut prendre beaucoup de temps. Comme je repasse pas mal de fois les bords en blanc, que je reviens 15 fois sur les mêmes couleurs. Je m'embête pas mal avec la lumière sur le nez, les teintes vers la bouche aussi. Il faut le dire, c'est une catastrophe mais il ne faut pas se décourager.



Puis les cheveux et le foulard. C'est une vraie galère les cheveux, il faut sans cesse changer le pinceau, faire des gros aplats puis revenir plus précisément dessus, etc. Je m'en vois pas mal avec. Au bout d'un moment, il faut laisser tel quel, on reviendra plus tard avec des crayons de couleurs pour affiner. Vous aurez noté le bol de céréales, en réalite il est 20h20 environ, je n'ai toujours pas mangé et pourtant, Dieu sait si je suis un gouffre alimentaire dont on ne voit jamais le fond.


Là on attaque quelque chose d'aussi sympa que de pénible : les motifs en arabesque comme sur les tatouages au henne. Il vaut mieux avoir une bonne documentation, on en n'invente pas comme ça (pas moi en tout cas). Je les fais au feutre blanc (avec un posca et un autre plus fin). Ca reste encore très simple à faire, c'est du tracé.

Mais le plus dur vient après, puisqu'on ne va pas tous les laisser en blanc, ça gène un peu la lecture tout de même. Alors on repasse ceux du fond avec une couleur plus discrète...au pinceau ! Et c'est là que ça devient laborieux. Même une fois sec, le feutre blanc se mèle à la peinture donc on doit poser deux couches de peintures minimum. D'autant plus qu'il n'est pas aisé d'être aussi précis au pinceau qu'au feutre.



Puis on revient dessus avec des crayons de couleurs pour affiner des détails, faire le cadre... Moi j'ai choisi Faber-Castell puisqu'en fait, il n'y  a pas photo, c'est les meilleurs dans le domaine. On dit souvent qu'on ne veut pas "citer de marques" mais je m'en voudrais de vous dire de refuser le Nike ou le Adidas du dessin. Pour les vêtements, on s'en tape mais de toute évidence, en dessin, la qualité rime souvent avec le prix. Faber-Castell est une très bonne marque, et au niveau des crayons de couleurs, de loin bien meilleure que la plupart des autres produits du marché. Les "Polychromos" sont un vrai délice (ok, ils font beaucoup moins rire le porte-monnaie mais bon...).

Voilà, voilà, il est déjà 22h45, il fait nuit noire et je n'ai toujours pas pris de vrai repas. J'ai les yeux bien morts mais c'est surtout la langue qui me brûle le problème. J'ai un tic en dessinant : je frotte ma langue sur ma lèvre inférieure. J'ai fait ça pendant une dizaine d'heures alors vu la douleur, j'en déduis que le phénomène d'érosion s'applique aussi pour l'appendice buccal. C'est aussi en cherchant à se prendre en photos en pleine action pour avoir l'air classe qu'on se rend compte qu'on n'est pas rasé depuis 3 jours, bonjour l'image !



Généralement, à cette heure-ci, on a déjà utilisé la moitié des jurons de son vocabulaire parce qu'il y a une tache qu'on avait pas vu (il est important d'avoir un large panel de jurons et de tous savoir bien les utiliser suivant les circonstances), on a envoyé valdingué d'un bout à l'autre de la chambre tout ce qui n'était pas fixé avec des clous ou qui ne pesait pas 4 tonnes, on est fatigué d'avoir fait plusieurs apnées de 30 minutes chacune et on a aussi fait 12 arrêts cardiaques environ (et autant de cheveux blancs). La musique de The Postal Service qui est débitée en boucle depuis près de 7 heures commence aussi à me taper sur le système...les risques du métier.
Au final, je vais finir par me coucher vers minuit après avoir lu mes mails une nouvelle fois. Je laisse décanter le travail de la journée que je trouve hideux pour ainsi dire. Il ne me satisfait pas.
Le lendemain, quand il faut rédiger tout ce reportage, je me dis qu'en fin de compte, je m'en suis pas trop mal sorti. D'habitude, je n'arrive pas à en faire le quart. Mais je suis déçu de ne pas être arrivé à mieux cerner les traits et la douceur du visage du modèle original. Pas de chance mais c'est souvent comme ça que ça se termine.




Voilà comment ça se passe chez moi. Vous savez tout maintenant, bonne journée !

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